La pneumopathie d'hypersensibilité (souvent abrégée PHS, autrefois appelée alvéolite allergique extrinsèque) est une maladie du poumon déclenchée par la respiration répétée de certaines poussières organiques : protéines d'oiseaux, moisissures du foin, champignons de l'habitat. Le système immunitaire réagit de façon excessive à ces particules et provoque une inflammation au fond des poumons. Le poumon de fermier et la maladie des éleveurs d'oiseaux en sont les formes les plus connues.
Bien repérée, la maladie guérit souvent quand la source est supprimée. Sans éviction, elle peut évoluer vers une forme chronique avec une fibrose, c'est-à-dire une cicatrisation rigide du tissu pulmonaire. Ce guide présente les causes, les signes, la démarche de diagnostic, les traitements et les droits des personnes concernées. Il s'agit d'une information générale qui ne remplace pas l'avis du médecin.
L'essentiel en bref
- La pneumopathie d'hypersensibilité est une réaction immunitaire du poumon à des poussières organiques respirées de façon répétée, chez une personne déjà sensibilisée.
- Les causes les plus fréquentes sont les oiseaux (plumes, déjections), les moisissures du foin humide et les moisissures du logement.
- Le principal traitement est l'éviction : supprimer de façon complète et durable le contact avec la source en cause.
- La maladie existe sous une forme non fibrosante, souvent réversible, et sous une forme fibrosante, plus grave, qui peut progresser.
- Liée au travail, elle peut être reconnue comme maladie professionnelle, au régime général comme au régime agricole.
- Chez l'enfant, la maladie est rare et son pronostic est le plus souvent excellent après éviction complète.
Comprendre la maladie
La pneumopathie d'hypersensibilité fait partie des pneumopathies interstitielles diffuses, des maladies qui touchent le tissu situé entre les alvéoles (les petits sacs où l'oxygène passe dans le sang). Selon le Collège des enseignants de pneumologie, elle résulte d'une hypersensibilité retardée à des antigènes organiques inhalés de façon répétée. Un antigène est une substance que le système immunitaire reconnaît comme étrangère.
Les spécialistes distinguaient autrefois des formes aiguë, subaiguë et chronique selon la vitesse d'installation. La classification actuelle retient deux types. La forme non fibrosante, le plus souvent aiguë ou subaiguë, évolue favorablement après éviction. La forme fibrosante comporte des cicatrices pulmonaires visibles au scanner ; cette fibrose peut progresser pour son propre compte jusqu'à l'insuffisance respiratoire, et elle aggrave nettement le pronostic (SPLF, Collège des enseignants de pneumologie, 2023).
Causes et expositions
La Fondation du Souffle indique que au moins 300 antigènes ont été identifiés (2020). Les expositions se regroupent en deux grandes familles, domestique et professionnelle. La maladie survient probablement chez des personnes prédisposées génétiquement, et des formes familiales existent (PNDS de l'enfant, RespiRare, 2020).
Les situations les plus souvent décrites sont les suivantes :
- Maladie des éleveurs d'oiseaux : perruches, pigeons, mais aussi plumes et duvets (oreillers, couettes).
- Poumon de fermier : moisissures et actinomycètes (bactéries filamenteuses) du foin humide, de la paille ou des céréales moisies.
- Moisissures de l'habitat : murs humides, climatiseurs ou humidificateurs mal entretenus, jacuzzis.
- Autres métiers exposés : affinage des fromages, culture des champignons, compostage, travail du bois, manipulation de farines, laboratoires avec petits animaux.
Signes et diagnostic
Dans la forme aiguë, un état grippal avec fièvre, toux et essoufflement apparaît quelques heures après le contact (4 à 8 heures selon le PNDS de l'enfant). Les expositions répétées donnent plutôt une bronchite qui traîne, une fièvre intermittente, une fatigue et souvent une perte de poids (Fondation du Souffle). La forme fibrosante s'installe à bas bruit, avec un essoufflement à l'effort qui s'aggrave et une toux ; elle ressemble parfois à une fibrose pulmonaire idiopathique.
Le diagnostic repose sur un faisceau d'arguments. L'étape clé est l'enquête d'exposition : animaux, literie, logement, loisirs et métier. Les examens habituels sont les suivants :
- le scanner thoracique haute résolution, qui montre des images typiques (verre dépoli, petits nodules flous) ;
- les explorations fonctionnelles respiratoires (EFR), en particulier la mesure de la diffusion de l'oxygène ;
- la fibroscopie bronchique avec lavage broncho-alvéolaire (LBA), qui retrouve souvent un excès de lymphocytes, des globules blancs de l'inflammation ;
- la recherche de précipitines dans le sang : leur présence prouve une exposition mais ne suffit pas à affirmer la maladie, et leur absence ne l'exclut pas (Collège des enseignants de pneumologie).
Traitements et prise en charge
Le traitement principal est l'éviction antigénique : supprimer le contact avec la source, de façon complète et définitive (synthèse du PNDS de l'enfant). Elle conditionne l'évolution favorable de la forme non fibrosante et permet souvent d'éviter l'aggravation de la forme fibrosante. Aucun médicament ne la remplace.
Des corticoïdes peuvent être proposés dans les formes sévères ; ils soulagent vite les symptômes, mais leur efficacité à long terme n'est pas démontrée (PNDS de l'enfant). Lorsqu'une forme fibrosante progresse malgré une prise en charge adaptée, un médicament antifibrosant, le nintédanib, peut être prescrit chez l'adulte après discussion en réunion de concertation pluridisciplinaire, selon l'avis de la HAS de décembre 2020. Dans l'essai qui a conduit à cette indication, environ un quart des patients avaient une pneumopathie d'hypersensibilité. Le choix du traitement et son adaptation relèvent toujours du médecin.
Les cas complexes sont discutés dans les centres de référence et de compétence des maladies pulmonaires rares. La filière RespiFIL héberge des réunions de concertation pluridisciplinaire nationales du réseau OrphaLung (rapport OrphaLung 2022).
Vivre au quotidien
Réduire l'exposition passe par des gestes concrets, définis avec l'équipe soignante : se séparer des oiseaux, remplacer oreillers et couettes en plumes, nettoyer soigneusement le logement, entretenir climatiseurs et humidificateurs. Pour les moisissures, Santé Respiratoire France conseille d'aérer au moins 10 minutes matin et soir, de viser une humidité intérieure entre 40 et 60 %, de ne pas boucher la VMC et de traiter la cause de l'humidité avant de nettoyer. Un conseiller médical en environnement intérieur (CMEI) peut venir évaluer le logement sur prescription médicale.
En milieu agricole, la Fondation du Souffle cite le séchage du foin, les dérouleuses à foin, la ventilation des bâtiments et les cabines filtrées sur tracteur ou moissonneuse. Le masque FFP2 aide, mais la prévention ne doit pas se limiter à lui.
Pour les fibroses pulmonaires, la SPLF recommande une réadaptation respiratoire quand l'essoufflement limite les activités, l'arrêt du tabac, et les vaccins contre la grippe, le pneumocoque et le Covid-19 (recommandations 2021/2022 sur la fibrose pulmonaire idiopathique). Le pneumologue précise ce qui s'applique à chaque situation. Une activité physique régulière et adaptée reste utile, en accord avec l'équipe soignante.
Chez l'enfant
La pneumopathie d'hypersensibilité de l'enfant est rare : environ 4 cas par million d'enfants, avec un âge moyen de survenue proche de 10 ans, selon le protocole national de diagnostic et de soins (PNDS) publié par la HAS en 2020. Les oiseaux expliquent près des deux tiers des cas. La maladie est souvent confondue avec un asthme, d'où l'intérêt d'y penser devant une toux ou un essoufflement qui persiste malgré le traitement.
Le pronostic est excellent dans la grande majorité des cas, avec une guérison après éviction complète (synthèse du PNDS). La prise en charge se fait avec un centre du réseau RespiRare. Le PNDS prévoit une éducation thérapeutique pour l'enfant et ses parents, un calendrier vaccinal à jour et l'absence de tabagisme passif.
Quand consulter en urgence
Un essoufflement intense ou qui s'aggrave vite, une respiration très rapide ou un malaise imposent d'appeler le 15 (ou le 112). Une fièvre avec toux et gêne respiratoire qui reviennent à chaque contact avec les oiseaux, le foin ou un lieu humide justifient de consulter rapidement son médecin, en signalant ces expositions.
Aides, droits et soutien
Liée au travail, la maladie peut être reconnue comme maladie professionnelle. Au régime général, le tableau 66 bis couvre les pneumopathies d'hypersensibilité, notamment l'exposition aux poussières d'oiseaux et l'affinage des fromages. Au régime agricole, le tableau 45 cite par exemple le foin moisi, les poussières aviaires et la culture des champignons. Hors de ces conditions, une reconnaissance reste possible selon les règles décrites par le Code du travail numérique. Pour les salariés agricoles, la MSA peut accompagner l'éviction et le reclassement (Fondation du Souffle).
Une forme grave peut relever d'une affection de longue durée (ALD), notamment au titre de l'insuffisance respiratoire chronique grave. Pour un enfant, l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) se demande auprès de la MDPH. Le PNDS de l'enfant cite comme associations l'Association française des pneumopathies interstitielles de l'enfant (AFPIE), Respirer c'est grandir, Alliance maladies rares et Maladies rares info services ; chez l'adulte, la Fondation du Souffle et Santé Respiratoire France diffusent aussi une information utile.
Respi.info, un repère au quotidien
Respi.info est une application gratuite et sans publicité éditée par l'association jOOy. Elle propose une météo respiratoire (qualité de l'air et pollens), un journal des symptômes, une aide à la préparation des consultations et un annuaire de kinésithérapeutes respiratoires et de centres de réadaptation. Elle ne pose aucun diagnostic.
Questions fréquentes
La pneumopathie d'hypersensibilité est-elle une allergie ?
Il s'agit d'une réaction immunitaire, mais différente de l'allergie classique comme le rhume des foins ou l'asthme allergique. Elle correspond à une hypersensibilité retardée qui atteint le tissu profond du poumon, selon le Collège des enseignants de pneumologie. Les symptômes apparaissent souvent plusieurs heures après l'exposition.
Faut-il vraiment se séparer de ses oiseaux ?
Quand les oiseaux sont en cause, l'éviction complète et définitive est le principal traitement, selon le PNDS de la HAS. Les plumes et duvets de la literie doivent aussi être supprimés et le logement nettoyé soigneusement. Aucun médicament ne remplace cette mesure.
Une pneumopathie d'hypersensibilité peut-elle guérir ?
La forme non fibrosante guérit le plus souvent quand l'exposition est supprimée tôt. La forme fibrosante laisse des cicatrices pulmonaires qui ne disparaissent pas, mais l'éviction permet souvent d'éviter l'aggravation. Un suivi médical régulier reste nécessaire dans les deux cas.
Le poumon de fermier est-il reconnu comme maladie professionnelle ?
Oui, il figure au tableau 45 du régime agricole, qui cite la manipulation de foin ou de végétaux moisis. Les salariés du régime général relèvent du tableau 66 bis.
Un masque suffit-il à continuer son activité agricole ?
Le masque FFP2 réduit l'exposition, mais la Fondation du Souffle rappelle que la prévention ne doit pas se limiter à lui. Séchage du foin, ventilation des bâtiments, cabines filtrées et délégation des tâches les plus poussiéreuses complètent la protection. La poursuite de l'activité se discute avec l'équipe médicale.
Les enfants peuvent-ils être touchés ?
Oui, mais c'est rare : environ 4 cas par million d'enfants selon le PNDS de l'enfant (2020). Les oiseaux en sont la première cause. Après éviction complète, la guérison est obtenue dans la grande majorité des cas.
Ce guide a une visée d'information générale et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. En cas de difficulté respiratoire importante, appeler le 15 (ou le 112).
Sources
- Pneumopathie d'hypersensibilité de l'enfant (PNDS, 17 mars 2020), HAS, Centre de référence RespiRare
- PNDS Pneumopathie d'hypersensibilité de l'enfant (février 2020), Centre de référence RespiRare (AP-HP)
- Synthèse du PNDS Pneumopathie d'hypersensibilité de l'enfant à destination du médecin traitant (février 2020), Centre de référence RespiRare (AP-HP)
- Item 210 : Pneumopathies interstitielles diffuses (2023), Collège des enseignants de pneumologie, SPLF
- Recommandations pratiques pour le diagnostic et la prise en charge de la fibrose pulmonaire idiopathique, actualisation 2021/2022 (Pocket Guidelines), SPLF
- Avis de la Commission de la transparence, OFEV (nintédanib), pneumopathies interstitielles diffuses fibrosantes à phénotype progressif (16 décembre 2020), HAS
- GT OrphaLung (maladies pulmonaires rares), rapport d'activité 2022, SPLF, OrphaLung, RespiFIL
- Tableau 66 bis du régime général : pneumopathies d'hypersensibilité, INRS
- Tableau 45 du régime agricole : affections respiratoires professionnelles de mécanisme allergique, INRS
- La lettre du Souffle n°99 : Pathologies pulmonaires professionnelles agricoles (PAPPA) (août 2020), Fondation du Souffle
- Les moisissures, un danger pour votre santé respiratoire (fiche pratique 2025), Santé Respiratoire France
- Qu'est-ce que le dispositif appelé Affection Longue Durée (ALD) ? (16 février 2024), Santé.fr
- Qu'est-ce qu'une maladie professionnelle ? (mis à jour le 6 mai 2025), Code du travail numérique
- Allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) (mis à jour le 18 septembre 2026), Ministère des Solidarités