La fibrose pulmonaire est une cicatrisation excessive et progressive du tissu des poumons, qui devient plus rigide. Elle fait partie des pneumopathies interstitielles diffuses (PID), des maladies qui touchent l'interstitium, le tissu de soutien autour des alvéoles. Chez l'adulte, la forme la plus fréquente est la fibrose pulmonaire idiopathique (FPI), c'est-à-dire sans cause identifiée.
La FPI est une maladie rare et grave, qui évolue de façon chronique, parfois avec des aggravations brutales. Sa prise en charge a beaucoup progressé : deux médicaments ralentissent l'évolution, et un réseau de centres experts suit les patients en France. Ce guide ne remplace pas l'avis du médecin ni celui de l'équipe soignante.
L'essentiel en bref
- La FPI touche surtout des personnes de plus de 60 ans, plus souvent des hommes, et apparaît rarement avant 50 ans.
- Un essoufflement à l'effort qui s'installe progressivement et une toux sèche persistante sont les signes les plus fréquents.
- Le diagnostic repose sur un scanner thoracique haute résolution et une discussion entre pneumologues, radiologues et anatomopathologistes experts des PID.
- Deux antifibrosants, la pirfénidone et le nintédanib, ralentissent le déclin de la fonction respiratoire sans guérir la maladie.
- Arrêt du tabac, activité physique adaptée, réadaptation respiratoire et vaccinations font partie intégrante de la prise en charge.
- Un essoufflement qui s'aggrave en quelques jours impose de contacter l'équipe sans attendre ; une détresse respiratoire justifie d'appeler le 15 ou le 112.
Comprendre la fibrose pulmonaire et les PID
Le protocole national de diagnostic et de soins (PNDS) sur la FPI, publié en 2021, estime que 8,2 personnes sur 100 000 vivent avec la maladie en France, soit 5 000 à 6 000 personnes. La Fondation du Souffle avançait en 2018 au moins 9 000 personnes. La filière RespiFIL retient 8 à 23 cas pour 100 000 habitants.
Les PID se manifestent surtout par un essoufflement et une toux, et peuvent évoluer vers une insuffisance respiratoire chronique. Certaines évoluent comme la FPI : la fibrose progresse malgré un traitement adapté. Les médecins parlent alors de PID fibrosante progressive. Dans un avis de 2020, la Haute Autorité de santé (HAS) répartit l'ensemble des PID en cinq familles :
- les PID idiopathiques, dont la FPI et la pneumopathie interstitielle non spécifique (PINS) ;
- les PID auto-immunes, liées par exemple à une polyarthrite rhumatoïde ou à une sclérodermie systémique ;
- les pneumopathies d'hypersensibilité, dues à l'inhalation répétée de particules organiques ;
- les granulomatoses, dont la sarcoïdose ;
- les autres PID, notamment celles liées à une exposition professionnelle ou environnementale.
Causes et facteurs de risque
La cause de la FPI reste inconnue. Selon RespiFIL, elle serait liée à une cicatrisation excessive des poumons face à des irritants chroniques, chez une personne prédisposée par l'âge et la génétique.
Le PNDS cite comme principaux facteurs de risque l'âge supérieur à 60 ans, le sexe masculin, le tabagisme (retrouvé chez 70 à 75 % des patients) et un antécédent familial de fibrose. D'autres expositions sont associées : agriculture, élevage, oiseaux, poussières de bois, de métal ou de silice, moisissures. Pour une personne donnée, leur rôle reste souvent incertain.
Environ 10 % des patients atteints de PID ont un proche lui aussi atteint. Près de 30 % de ces formes familiales s'expliquent par une anomalie d'un gène lié aux télomères, l'extrémité des chromosomes (PNDS fibroses pulmonaires génétiques, 2022). Une analyse génétique peut alors être proposée.
Les pneumopathies d'hypersensibilité sont liées par exemple aux oiseaux, au foin moisi, aux moisissures des logements humides ou aux couettes en plumes. Supprimer l'exposition responsable est alors le traitement principal.
Signes et diagnostic
Les signes les plus fréquents sont un essoufflement à l'effort qui s'installe progressivement et une toux sèche. Au stéthoscope, le médecin entend souvent des crépitements comparés au bruit d'un velcro. Des doigts en « baguettes de tambour » (hippocratisme digital) sont présents dans près d'un cas sur deux. Fatigue et perte de poids sont possibles.
Pour écarter une cause connue, l'équipe interroge sur les métiers exercés, les animaux (en particulier les oiseaux) et les médicaments. Préparer cette liste avant la consultation est utile.
Les signes ne sont pas spécifiques, et le diagnostic est souvent posé trop tard. Il se fait dans un centre expert des PID, avec notamment :
- un scanner thoracique haute résolution, sans injection, examen indispensable au diagnostic ;
- des explorations fonctionnelles respiratoires (EFR), qui mesurent le volume des poumons et le passage des gaz vers le sang ;
- une mesure de l'oxygène dans le sang, au repos et à l'effort ;
- une prise de sang à la recherche d'une maladie auto-immune ;
- une discussion multidisciplinaire entre pneumologues, radiologues et anatomopathologistes, qui pose le diagnostic final.
Traitements et prise en charge
La prise en charge s'organise autour du centre de référence OrphaLung et des centres de compétence, réunis dans la filière RespiFIL. Le suivi comprend un examen et des EFR tous les 3 à 6 mois et un scanner thoracique annuel.
Deux antifibrosants sont autorisés dans la FPI : la pirfénidone et le nintédanib. Selon le PNDS, ils réduisent environ de moitié la vitesse de perte de la fonction respiratoire, diminuent le risque d'aggravation aiguë et améliorent la survie, mais soulagent peu les symptômes. La pirfénidone peut provoquer nausées et sensibilité au soleil, le nintédanib des diarrhées. Tout effet indésirable est à signaler à l'équipe, sans arrêter ni modifier le traitement seul.
Pour les autres PID fibrosantes progressives de l'adulte, le nintédanib peut être proposé depuis l'avis de la HAS de décembre 2020, après une décision en réunion pluridisciplinaire.
L'oxygénothérapie est prescrite quand le taux d'oxygène dans le sang devient trop bas, au repos ou à l'effort. Une équipe de soins palliatifs peut intervenir tôt pour soulager les symptômes. Les maladies associées (reflux, apnées du sommeil, hypertension pulmonaire) sont recherchées et traitées.
La transplantation pulmonaire est le seul traitement curatif. Elle concerne une minorité de patients, en général jusqu'à 65 ans environ d'âge physiologique, et gagne à être évoquée tôt.
Vivre au quotidien
L'arrêt du tabac et la réduction de l'exposition aux polluants sont les premières mesures. La Fondation du Souffle cite la pollution de l'air prolongée parmi les facteurs associés à la maladie et conseille d'éviter tabac et pollution.
L'activité physique adaptée est encouragée pour éviter le déconditionnement, la perte de forme qui aggrave l'essoufflement. Elle peut être guidée par un kinésithérapeute ou un enseignant en activité physique adaptée, parfois avec de l'oxygène. La réadaptation respiratoire doit être proposée en cas d'essoufflement important : elle améliore la tolérance à l'effort, la qualité de vie et l'anxiété.
Le PNDS recommande les vaccins contre la grippe (chaque année, aussi pour l'entourage proche), le pneumocoque et le Covid-19 ; le calendrier se vérifie avec le médecin. Le poids est surveillé, car l'amaigrissement aggrave le pronostic.
Un voyage en avion se prépare avec le pneumologue. L'anxiété et la dépression sont fréquentes : un soutien psychologique et l'éducation thérapeutique peuvent être proposés à la personne et à ses proches.
Quand consulter en urgence
Selon le PNDS, le motif le plus fréquent d'hospitalisation en urgence est une aggravation de l'essoufflement, due par exemple à une infection, une embolie pulmonaire ou une exacerbation aiguë de la fibrose. Cette exacerbation, aggravation de moins d'un mois environ, est grave et doit être prise en charge sans attendre.
Selon la situation :
- Essoufflement qui s'aggrave nettement en quelques jours ou quelques semaines : contacter rapidement le pneumologue ou le centre qui assure le suivi.
- Fièvre ou signes d'infection respiratoire avec un essoufflement accru : consulter rapidement un médecin.
- Gêne respiratoire intense, brutale ou au repos, lèvres ou doigts bleutés : appeler le 15 (ou le 112).
RespiFIL propose des cartes d'urgence à garder sur soi.
Aides, droits et soutien
Dès le diagnostic, le PNDS recommande une demande d'affection de longue durée (ALD), qui permet une prise en charge à 100 % des soins liés à la maladie. Le médecin traitant établit le protocole de soins avec le spécialiste.
La maison départementale des personnes handicapées (MDPH) ouvre l'accès à des aides comme l'allocation aux adultes handicapés (AAH), la prestation de compensation du handicap (PCH) ou la carte mobilité inclusion, détaillées dans le guide d'Orphanet Vivre avec une maladie rare en France. En activité, un temps partiel thérapeutique ou un aménagement de poste peut être étudié.
RespiFIL oriente vers l'Association Fibroses Pulmonaires France (AFPF) et vers Maladies Rares Info Services. Le PNDS des fibroses génétiques cite aussi Telomero Asso et, pour les enfants, l'Association française des pneumopathies interstitielles de l'enfant (AFPIE).
Chez l'enfant
La FPI ne concerne pas l'enfant, mais il existe des PID de l'enfant, rares et variées, souvent diagnostiquées dans les premières années de vie (âge moyen : 1,5 an selon le PNDS de 2017). Les signes sont peu spécifiques : toux sèche, respiration rapide, cassure de la courbe de croissance.
La prise en charge se fait dans les centres du réseau RespiRare ; les corticoïdes sont le traitement principal. Depuis un avis de la HAS de janvier 2026, le nintédanib peut aussi être utilisé en dernier recours à partir de 6 ans dans certaines PID fibrosantes progressives. Activité physique adaptée à l'âge et soutien psychologique de la famille sont recommandés.
Les parents peuvent demander l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH), destinée aux moins de 20 ans. Le passage vers les centres adultes est organisé au sein de RespiFIL.
Respi.info, un repère au quotidien
Respi.info est une application gratuite et sans publicité éditée par l'association jOOy. Elle propose une météo respiratoire (qualité de l'air et pollens), un journal des symptômes, une aide à la préparation des consultations et un annuaire de kinésithérapeutes respiratoires et de centres de réadaptation. Elle ne pose aucun diagnostic.
Questions fréquentes
La fibrose pulmonaire idiopathique se guérit-elle ?
Il n'existe pas de traitement curatif de la FPI en dehors de la transplantation pulmonaire, réservée à une minorité de patients. Les antifibrosants, la pirfénidone et le nintédanib, ralentissent environ de moitié la perte de fonction respiratoire et améliorent la survie.
Quelle est l'espérance de vie avec une fibrose pulmonaire idiopathique ?
L'évolution varie beaucoup d'une personne à l'autre. La Fondation du Souffle indiquait en 2018 une survie médiane d'environ 3 ans sans traitement, et le PNDS de 2021 souligne que les progrès de la prise en charge ont nettement amélioré l'espérance de vie. Le pneumologue reste le mieux placé pour parler d'une situation précise.
La fibrose pulmonaire est-elle héréditaire ?
Environ 10 % des patients atteints de PID ont un proche lui aussi atteint, et près de 30 % de ces formes familiales s'expliquent par une anomalie d'un gène lié aux télomères. Une analyse génétique peut être proposée dans des situations précises, avec une information pour les proches.
Le sport est-il déconseillé en cas de fibrose pulmonaire ?
Non, une activité physique adaptée et régulière est encouragée pour éviter la perte de forme qui aggrave l'essoufflement. Elle peut être encadrée par un kinésithérapeute ou un programme de réadaptation respiratoire, en accord avec l'équipe soignante.
Faut-il de l'oxygène dès le diagnostic de fibrose pulmonaire ?
Pas forcément. L'oxygène est prescrit quand le taux d'oxygène dans le sang devient trop bas, au repos ou à l'effort. L'essoufflement seul, sans baisse de l'oxygène, ne suffit pas à justifier une oxygénothérapie selon le PNDS.
Est-il possible de prendre l'avion avec une fibrose pulmonaire ?
Oui dans de nombreux cas. Une évaluation préalable est nécessaire quand l'essoufflement survient au repos ou au moindre effort, ou quand l'oxygène dans le sang est bas ; elle indique s'il faut de l'oxygène pendant le vol. Il est conseillé d'en parler au pneumologue avant de réserver.
Ce guide a une visée d'information générale et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. En cas de difficulté respiratoire importante, appeler le 15 (ou le 112).
Sources
- Fibrose pulmonaire idiopathique (PNDS, mis en ligne le 28 juillet 2021), HAS
- Protocole national de diagnostic et de soins : Fibrose pulmonaire idiopathique (juillet 2021), Centre de référence des maladies pulmonaires rares OrphaLung, publié par la HAS
- Fibroses pulmonaires génétiques de l'adulte (PNDS, mis en ligne le 23 juin 2022), HAS
- PNDS Fibroses pulmonaires génétiques de l'adulte (juin 2022), Centre de référence OrphaLung, publié par la HAS
- Pneumopathies interstitielles diffuses de l'enfant (PNDS RespiRare, mis en ligne le 3 novembre 2017), HAS
- OFEV (nintédanib), avis de la Commission de la transparence du 16 décembre 2020 : pneumopathies interstitielles diffuses fibrosantes chroniques avec un phénotype progressif, HAS
- OFEV 100 mg, capsule molle (dernière mise à jour le 29/09/2026), Base de données publique des médicaments
- Fibrose pulmonaire idiopathique (FPI) (relecture médicale décembre 2022), RespiFIL
- Pneumopathies d'hypersensibilité (PHS), RespiFIL
- La Lettre du Souffle n°89 : la fibrose pulmonaire idiopathique (février 2018), Fondation du Souffle
- Vivre avec une maladie rare en France : aides et prestations pour les personnes atteintes de maladies rares et leurs proches (décembre 2025), Orphanet (Les Cahiers d'Orphanet)
- AEEH (Allocation d'éducation de l'enfant handicapé) : définition, Mon Parcours Handicap