La pollution de l'air pèse davantage sur la santé de certains enfants que d'autres. Une étude de la DREES, le service statistique des ministères sociaux, publiée dans sa collection Études et résultats (n° 1292), montre que les jeunes enfants des ménages les plus modestes sont à la fois plus exposés dans les villes et plus fragiles face aux pics de pollution.
Ce travail éclaire un enjeu peu visible : la qualité de l'air n'est pas seulement une question d'environnement, c'est aussi une question d'égalité devant la santé. Il montre surtout qu'une baisse, même modeste, de la pollution pendant la première année de vie aurait des effets concrets sur les hospitalisations des tout-petits.
L'essentiel en bref
- Avant 2 ans, 3,6 % des enfants passent aux urgences pour une bronchiolite ; le risque est deux fois plus élevé chez les plus modestes que chez les plus aisés.
- Avant 3 ans, 1,4 % des enfants passent aux urgences pour de l'asthme : 1,9 % chez les plus modestes contre 1,2 % chez les plus aisés.
- Environ 10 % des enfants concentrent l'essentiel des effets détectables de la pollution, et les prématurés y sont surreprésentés.
- Une baisse de 1 % de l'exposition la première année éviterait environ 2 000 hospitalisations pour bronchiolite.
Pollution de l'air : qui sont les enfants les plus exposés ?
Selon la DREES, en France métropolitaine, ce sont les enfants des ménages les plus aisés et les plus modestes qui sont les plus exposés aux particules fines (PM2,5). Dans les zones urbaines, les enfants les plus pauvres subissent une exposition plus forte en raison de leur lieu de résidence.
Mais l'exposition n'explique pas tout. L'étude souligne que ces enfants sont aussi plus fragiles dès la naissance : 9,1 % des enfants des 10 % de ménages les plus modestes naissent prématurés, contre 6,1 % chez les 10 % les plus aisés.
Bronchiolite et asthme : des écarts nets selon le niveau de vie
Les chiffres de la DREES portent sur les enfants nés entre 2008 et 2017. Avant 2 ans, 3,6 % des enfants passent aux urgences pour une bronchiolite, soit environ 28 000 enfants par génération. Ce risque est doublé chez les plus modestes par rapport aux plus aisés.
Pour l'asthme, 1,4 % des enfants passent aux urgences avant 3 ans, soit environ 11 000 enfants par génération : 1,9 % chez les plus modestes contre 1,2 % chez les plus aisés. Environ un quart des enfants reçoivent un médicament contre l'asthme, une délivrance moins fréquente chez les plus modestes que chez les familles à revenus moyens ou élevés.
Des enfants plus sensibles que d'autres aux pics de pollution
Pour mesurer l'effet propre de la pollution, la DREES a utilisé une méthode quasi expérimentale fondée sur les inversions thermiques, ces épisodes météorologiques qui bloquent les polluants près du sol. L'étude compare des enfants nés dans la même commune selon le nombre de jours d'inversion pendant leur première année.
Résultat : environ 10 % des enfants concentrent l'essentiel des effets détectables d'une exposition accrue sur les hospitalisations pour bronchiolite et la consommation de médicaments contre l'asthme. Parmi eux, 18,7 % sont nés prématurés, contre 5,9 % parmi la moitié des enfants les moins touchés, et les enfants des ménages les plus modestes y sont nettement surreprésentés. Les auteurs rappellent les limites du travail : la méthode ne vise pas un polluant en particulier et mesure des pics de courte durée plutôt qu'une exposition de long terme.
Un petit effort collectif, de grands bénéfices pour les bébés
La DREES a simulé l'effet d'une baisse de 1 % de l'exposition moyenne annuelle pendant la première année de vie, soit l'équivalent d'environ 15 jours sans forte hausse de la pollution. Elle permettrait d'éviter environ 2 000 hospitalisations pour bronchiolite, 1 800 hospitalisations pour asthme et 6 100 délivrances de médicaments contre l'asthme.
Ces résultats rejoignent les alertes de Santé publique France, qui estime que les particules fines PM2,5 sont responsables de près de 40 000 décès par an chez les personnes de 30 ans et plus en France. Il est possible de lire l'étude de la DREES sur la pollution de l'air et les jeunes enfants et de consulter les estimations de Santé publique France.
Ce que les familles peuvent faire au quotidien
Ces inégalités relèvent d'abord de l'action publique, mais quelques repères aident à protéger les plus petits :
- suivre l'indice de la qualité de l'air de sa commune et adapter les sorties lors des épisodes de pollution, en privilégiant les rues moins passantes et les parcs ;
- pour un bébé né prématuré ou un enfant asthmatique, demander au médecin les précautions adaptées à sa situation ;
- ne pas fumer près des enfants et aérer le logement chaque jour ;
- devant une respiration rapide, des lèvres bleues ou un bébé qui ne boit plus, appeler le 15.
Questions fréquentes
La pollution de l'air augmente-t-elle le risque de bronchiolite chez le bébé ?
Selon une étude de la DREES (Études et résultats n° 1292), une baisse de 1 % de l'exposition moyenne à la pollution pendant la première année de vie éviterait environ 2 000 hospitalisations pour bronchiolite, 1 800 hospitalisations pour asthme et 6 100 délivrances de médicaments contre l'asthme.
Les enfants pauvres sont-ils plus touchés par la pollution de l'air ?
Oui, selon la DREES. Dans les zones urbaines, les enfants les plus modestes sont plus exposés aux particules fines du fait de leur lieu de résidence, et ils sont plus fragiles : le risque de passage aux urgences pour bronchiolite avant 2 ans y est deux fois plus élevé que chez les enfants les plus aisés.
Combien de décès sont dus à la pollution de l'air en France ?
Santé publique France estime que les particules fines PM2,5 sont responsables de près de 40 000 décès par an chez les personnes de 30 ans et plus en France, pour un coût économique annuel estimé à 130 milliards d'euros.
Cet article a une visée d'information générale et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Pour toute question sur votre situation ou celle de votre enfant, parlez-en à votre médecin.
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